Aller au contenu
Accueil » Les flottilles pour Gaza : Un acte collectif de conscience

Les flottilles pour Gaza : Un acte collectif de conscience

Par 

Quand nos institutions abandonnent leurs idéaux face à un génocide retransmis en temps réel et que l’indifférence des puissants se fait complice des pires crimes, l’union de personnes ordinaires témoigne que la justice n’est pas une promesse abstraite, mais un horizon à bâtir ensemble.

Par Charlotte Côté, directrice générale du CRNV

Cet article, 2e d’une série de 3, analyse le mouvement non-violent des flottilles pour Gaza, en détaillant les préparatifs logistiques et les tactiques non-violentes qui en font une action à la fois symbolique, politique et humanitaire.


Depuis 2007, la bande de Gaza vit sous blocus imposé par Israël, avec l’appui de l’Égypte, causant la privation de liberté de mouvement, dles pénuries alimentaires et médicales artificielles, et la destruction d’infrastructures essentielles. Beaucoup d’experts décrivent Gaza comme une véritable “prison à ciel ouvert”.

Dans ce contexte, les flottilles pour Gaza représentent un acte collectif de conscience. Depuis 2008, des civils du monde entier tentent de briser le blocus naval israélo-égyptien à travers une série de flottilles pacifiques. Organisées par des coalitions d’activistes des droits humains, d’ONGs et de groupes citoyens, comme Free Gaza Movement (2008-2011) et Freedom Flotilla Coalition (2010-aujourd’hui), ces initiatives visent à acheminer de l’aide humanitaire et à attirer l’attention internationale sur le blocus illégal qui cause une crise humanitaire artificielle croissante à Gaza. Au total il s’agit de plus de 5 000 personnes et de plus de 60 nationalités différentes qui participent à l’organisation et à la préparation de ces flottilles. À bord se trouvent des médecins bénévoles, des avocats, des militants pour la justice sociale, des journalistes et des organisateurs communautaires. 

Tous tournés vers Gaza

Depuis octobre 2023, la situation à Gaza a basculé vers un blocus total, doublé d’un assaut militaire israélien et de déclarations à caractère génocidaire. Les convois humanitaires sont bloqués, les infrastructures détruites, et près de la moitié des habitants, des enfants, en subissent les pires conséquences. Les missions persistent, non pas comme des interventions « salvatrices », mais en tant qu’actes de solidarité avec le peuple palestinien. Elles visent à diffuser, partout y compris à Gaza, un sentiment d’espoir, d’agentivité et de résistance face aux atrocités documentées en direct financées par nos impôts occidentaux. 

À la fin du mois d’août, des citoyen.nes sur des dizaines de bateaux prévoient converger vers Gaza une fois de plus pour briser le siège illégal de Gaza et ouvrir un corridor humanitaire. L’ambition est de former la plus grande flottille civile coordonnée de l’histoire moderne: la Global Sumud Flotilla.

Les missions sont organisées en réponse aux appels de la société civile gazaouie (notamment We Are Not Numbers), et soutiennent d’autres initiatives telles que la production de courts métrages documentaires illustrant la vie quotidienne sous le siège. Par le passé, les équipes de la flottille ont même contribué à transformer et équiper un bateau à Gaza, défiant le blocus depuis l’intérieur et tentant d’exporter des produits palestiniens par voie maritime.

Planification et logistiques au cœur des flottille

Chaque flottille résulte de mois, voire d’années, de préparation. Les organisateurs coordonnent les navires, font des appels à financement, recrutent des participants du monde entier et sécurisent des ports de départ, souvent au sud-Est de l’Europe ou en Turquie. Les équipages suivent une formation complète en navigation maritime, en protestation non-violente et en droit international, incluant les stratégies de résistance non-violente en cas d’interception et de détention.

Les routes en eaux internationales sont planifiées rigoureusement, en coordonnant plusieurs navires évoluant en formation et en anticipant les interceptions navales. Les flottilles adoptent un modèle décentralisé, qui repose sur plusieurs petits bateaux pour « renforcer la résilience, répartir les responsabilités et amplifier le leadership local« . Elles puisent leur force dans la rapidité, l’adaptabilité et la coordination.

Les horaires, les points de départ, d’escale et de traversée sont planifiés pour synergiser les impératifs logistiques et maximiser la visibilité des missions. Lors des escales, des activités de sensibilisation à la situation à Gaza, incluant concerts, discours et rencontres politiques, sont organisées pour mobiliser l’opinion publique. Le point de focus est la population palestinienne et les revendications. Tous les regards ves Gaza. Les participants

Plus récemment, les flottilles combinent l’usage des réseaux sociaux, de la presse traditionnelle et du repérage GPS pour amplifier les voix des Gazaouis, attirer l’attention internationale sur les conséquences dévastatrices du blocus israélien et du génocide en cours et protéger les activistes en route vers Gaza. L’attaque israélienne contre le Mavi Marmara en 2010 est un sombre rappel des risques de ces missions, bien que les flottilles respectent pleinement le droit international en circulant dans les eaux internationales.

Tactiques non-violentes et coordination militante

Les missions s’appuient sur une organisation rigoureuse et des tactiques non-violentes coordonnées. Chaque étape, de la préparation à l’action en mer, en passant par la résistance lors des interceptions et les recours juridiques après coup, est pensée pour maximiser l’impact symbolique, politique et humanitaire des flottilles pour Gaza, tout en affirmant la légalité des missions au regard du droit international. 

Avant la mission : Préparation et formation

  • Financement populaire
  • Attribution claire des rôles à bord
  • Formation aux aspects légaux, sécuritaires, médicaux et à la navigation maritime
  • Planification logistique et des itinéraires
  • Plaidoyer et partenariats

Pendant la mission : Engagement non-violent et sensibilisation

  • Mobilisation de l’opinion publique et couverture médiatique pour dénoncer l’illégalité du blocus et affirmer la légalité de la mission humanitaire selon le droit international.
  • Diffusion d’actions pour que chacun puisse s’engager à son échelle dans la résistance au blocus et au génocide.
  • Activités dans les ports d’accueil pour sensibiliser sur la situation à Gaza.
  • Confrontation directe du blocus en naviguant vers Gaza; tentative de livrer une aide humanitaire essentielle.
  • Utilisation de dispositifs GPS et de suivi en temps réel pour documenter la traversée et renforcer la visibilité et la pression citoyenne sur les gouvernements.

Pendant l’interception/détention : Résistance pacifique et sécurité

  • Planification de relais en cas d’interception ou de détention.
  • Maintien de la discipline, du calme et de la coordination à bord.
  • Documentation des pratiques violentes et illégales des forces d’occupation israéliennes.
  • Grèves de la faim comme forme de protestation pacifique.
  • Refus de signer les déclarations attestant d’une entrée « illégale » ou d’une expulsion volontaire, pour contester juridiquement les accusations et mettre en lumière les violations du droit international.

Après la mission : Recours et plaidoyer

  • Documentation et dénonciation des saisies de navires, des agressions contre des volontaires non armés et de la confiscation de biens humanitaires destinés aux Palestiniens.
  • Recours juridiques pour contester les saisies et protéger l’aide humanitaire. Le mouvement de la Flottille a remporté des décisions judiciaires contre Israël pour confiscations abusives, ce qui a permis d’acquérir de nouveaux navires pour poursuivre ses missions en Méditerranée.
  • Communication continue sur la brutalité quotidienne subie par les civils gazaouis pour maintenir la visibilité et l’impact de la mission.

Les risques liés à ces missions sont réels, mais les organisateurs des flottilles rappellent que ces risques restent minimes face aux souffrances quotidiennes des Palestiniens. Face à la gravité du génocide en cours et à l’impunité dont jouissent Israël et ses alliés, chaque mission cherche à accroître le coût politique de toute agression israélienne des flottilles pacifiques. En combinant une stratégie logistique efficace, l’implication populaire internationale, une préparation juridique solide et une panoplie de tactiques non-violentes, les flottilles pour Gaza montrent comment de petits groupes déterminés peuvent contester un blocus même sous forte pression politique et militaire, et comment la force du nombre peut se déployer lorsque les majorités citoyennes s’allient pour agir concrètement pour la justice et la solidarité.